Ode au 7ème Art!

« My Summer of Love » (2004) de Pawel Pawlikowski.

Synopsis : Mona, 16 ans, vit seule avec son frère aîné Phil dans un village du Yorkshire. Entre ses aventures sans lendemain et ce frère en pleine crise mystique, elle s’ennuie ferme. Les choses changent le jour où elle rencontre Tamsin, une jolie jeune fille de bonne famille, un peu sombre et rebelle. Celle-ci fascine aussitôt Mona qui, troublée, entrevoit immédiatement de nouvelles perspectives d’avenir. (Source allocine.fr)

Film coup de coeur ♥

Attention, l’article dévoile  - sommairement – certains éléments de l’intrigue et de la fin du film!

Certains films, bien qu’imparfaits, bénéficient d’une aura indescriptible, d’un charme fou, d’une poésie à l’état brut et d’une sincérité belle à contempler. My Summer of Love, film britannique, réalisé en 2004 par Paweł Pawlikowski, possède cette forme d’authenticité qui transcende le cinéma. Solaire, sensuel, charnel, séduisant, intriguant, captivant, fantasmatique et envoûtant sont autant de qualificatifs pour décrire l’effet produit par le film.

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A l’image de son Yorkshire natal, la vie de Mona (Nathalie Press) est marquée par le vide, la solitude, l’isolement et le fanatisme religieux de son frère, Phil (Paddy Considine), converti afin de canaliser sa haine et sa violence d’antan. Lorsque le paysage anglais est pénétré de lumière, en raison d’un été caniculaire, la vie de Mona se voit illuminée par le surgissement de Tamsin (l’inoubliable Emily Blunt), jeune fille de bonne famille, séduisante et intrigante, venue passer l’été dans la maison de campagne de ses parents. D’entrée de jeu, Tamsin apparait comme une vision fantasmagorique (débarquant sur un cheval blanc accompagnée d’une auréole lumineuse qui se reflète sur elle), source de toutes les idéalisations et de tous les fantasmes. L’intelligence du film est de nous épargner un énième film sur les amours – homosexuels – adolescents pour proposer un récit qui travaille des thèmes tels que l’ennui, l’hypocrisie (qu’elle soit liée aux sentiments amoureux ou à la spiritualité), les affres des premières passions, la frontière entre réalité et fiction, la fascination, le fanatisme (sentimental et religieux) et ses diverses dérives, avec brutalité, mais sans jamais priver le film de sa splendeur et de sa poésie intrinsèques.

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Si Phil semble substituer sa violence par une manifestation de foi grandiloquente (il construit une croix à édifier au sommet du village pour faire fuir le « démon »), Mona, quant à elle, troque sa solitude contre une relation idéalisée, hallucinée (Cf. la scène des champignons hallucinogènes) et passionnelle à travers le culte qu’elle voue à Tamsin. Cependant, la base de ses « relations » de substitution s’avère reposer sur les mêmes chimères : les débordements de foi de Phil ne sont qu’une façade, de même que la relation Tamsin/Mona se nourrit d’enjeux fictionnels. Personnification de la tentation, le personnage de Tamsin (qui n’hésite pas à croquer la pomme – fruit défendu – en observant Phil à travers la fenêtre après une nuit d’amour consommé avec Mona) vient faire voler en éclats la torpeur qui s’était abattue sur la vie de Mona depuis la mort de sa mère. Paradoxalement, la même Tamsin, dont les charmes sont associés à l’œuvre du « démon », ruine les faux-semblants de la conversion et distords toutes les limites de la réalité. Ange ou démon ? C’est la lutte de l’un contre l’autre qui la rend insaisissable et si dangereusement mystérieuse. Si elle refuse la vacuité de la foi chrétienne (en reprenant à sa sauce Nietzsche et Freud, les maîtres du soupçon), elle s’adonne toutefois à la construction d’une bulle fictive, fantasmagorique et mensongère (elle invente la mort de sa sœur, le pseudo-crime passionnel d’Edith Piaf et la promesse d’un amour éternel) dans laquelle elle peut s’enfermer avec Mona. Et, toute la dernière partie du film ira dans le sens d’une révélation, d’un retour à la réalité, dans ce qu’elle a de plus concret et de plus brutal, sonnant ainsi le glas d’un été d’amour, d’un parcours initiatique. C’est une promesse d’éternité qui tombe – littéralement – à l’eau, bien que la dernière séquence du film tende à représenter l’acceptation de Mona, le chemin sinueux qui mène à l’âge adulte.

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Symboliquement chargé, My Summer of Love jouit d’une esthétique solaire et onirique qui culmine, notamment, dans les scènes de la boite de nuit, du jardin, du feu de camp et de la danse sur La Foule d’Edith Piaf, et soutenue par une bande-son enivrante, à savoir le Lovely head de Goldfrapp. Le réalisateur livre une œuvre intense et unique, qui se savoure et qui charme. Tout sonne incroyablement vrai et juste. Rien n’est niais. L’humour n’est jamais loin. L’ensemble est d’une beauté rare. Et, on sent que, malgré quelques maladresses, Pawlikowski met un point d’honneur à nous transporter, à nous livrer un récit authentique qui montre, mais n’explique pas, d’où la légèreté de l’œuvre. Jamais malsain, My Summer of Love réussit l’exploit d’être captivant, troublant et incandescent grâce à une réalisation délicate et à un duo d’actrices épatant, avec une Emily Blunt plus magnétique que jamais. Ce qu’elle déploie pour interpréter la troublante Tamsin n’est pas étranger à la sensualité et au charme qui transparaît de My Summer of Love, s’offrant du même coup son plus beau rôle au cinéma. A noter aussi que Paddy Considine (aka. Phil), revu récemment dans Submarine, est une excellente découverte. 

Un beau moment de cinéma.

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22 décembre, 2012 à 22 h 54 min


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